Aussi vieux que l'humanité, le goût de la collection n'est, cependant, pas spécifique de l'homme puisque certains animaux, comme la pie, consacrent une grande partie de leur activité à réunir des objets de toutes sortes qui ne présentent pour eux aucune utilité apparente. Si les psychologues se sont souvent interrogés sur les raisons profondes qui poussent un individu à amasser des porte-clefs, des boîtes d'allumettes ou des buvards, ils n'ont, en revanche, pas besoin d'expliquer pourquoi des amateurs d'art cherchent à s'entourer de peintures, de sculptures, de meubles anciens ou de tous autres objets capables de procurer un plaisir esthétique.
Déjà, au XIVe siècle av. J.-C., le pharaon Tout Ankh Amon s'était constitué une importante collection de bijoux et de cannes, avec laquelle il fut enseveli. Plus tard, de riches Romains amassèrent ainsi d'innombrables oeuvres d'art venues de Grèce ou d'ailleurs, et, par la suite, la mode s'en répandit en Europe. Des monarques comme le roi René, Charles Quint ou Louis XIV, des papes comme Jules II et Léon X, de riches seigneurs tels que les ducs de Bourgogne, les Médicis ou le duc d'Albe, et bien d'autres encore profitèrent de leur fortune ou des hasards de la guerre pour se constituer ainsi de véritables trésors.
Mais le plaisir des yeux ne fut pas toujours la seule raison d'être des collectionneurs, car on s'aperçut rapidement que de telles réunions d'objets de valeur constituaient des placements réels, capables de triompher de toutes les dévaluations. Bien des financiers acquirent d'inestimables collections ; à leur mort, certains en firent don à leur pays, dont ils enrichirent ainsi le patrimoine artistique.